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Composition de l’emploi et courbe de Phillips

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L’aplatissement de la courbe de Phillips et la disparition des emplois routiniers

Depuis les années 1970, la question de savoir si la courbe de Phillips (CP) – la relation négative entre inflation et chômage – existe encore ou si elle a disparu fait débat (par exemple, Berson et al. 2018 montrent qu’elle reste valide). La réponse dépend souvent de la méthodologie, de l’échantillon de pays considérés et des spécifications économétriques utilisées. Nous soutenons que, dans l’UEM, la CP des prix existe toujours, mais qu’elle s’est affaiblie ces dernières années (graphique 1.a). La littérature met en avant deux explications possibles à ce phénomène. La première est liée à l’ancrage des anticipations d’inflation et à l’engagement plus fort des banques centrales à maintenir l’inflation à un niveau faible (Blanchard, 2016). La seconde tient aux modifications structurelles des fondamentaux de l’économie résultant, par exemple, de la numérisation, du vieillissement de la population, de la mondialisation et de la dynamique du marché du travail. À partir des travaux de Siena et Zago (2021), ce billet se concentre sur la seconde explication et montre que les transformations de la structure professionnelle du marché du travail jouent un rôle dans l’aplatissement de la CP des prix.

Ces vingt dernières années, le marché du travail de l’UEM a changé, notamment sa structure par métiers. Comme le montre le graphique 1.b, la part d’emplois routiniers n’a pas cessé de baisser ; une évolution qui s’est temporairement accélérée pendant la Grande récession et la crise de la dette souveraine (zones en gris). Ce phénomène, que l’on appelle la polarisation de l’emploi (ou du marché du travail) décrit la diminution sur longue période de la part des emplois routiniers (professions de type administratif ou productif) au bénéfice d’emplois abstraits (emplois de gestionnaires, emplois hautement qualifiés, ou dans les services et la vente). Comme l’expliquent Acemoglu et Autor (2011), cette tendance de long terme résulte essentiellement de l’automatisation, c’est-à-dire du remplacement progressif des travailleurs routiniers par des machines et des technologies hautement performantes. Mais il ne s’agit pas uniquement d’une dynamique de long terme. La polarisation suit également le cycle économique : les emplois routiniers sont détruits plus rapidement pendant les récessions (Jaimovich et Siu (2020)). À cet égard, nous utilisons les propriétés de la polarisation du marché du travail pour montrer que la structure de l’emploi joue un rôle dans l’aplatissement de la CP. Premièrement, nous montrons que, à un instant donné, les pays dont la part d’emplois routiniers est relativement élevée affichent une relation plus forte entre inflation et emploi. À l’inverse, quand la part d’emplois routiniers d’un pays est relativement faible, la courbe de Phillips est plus plate (graphique 2). Deuxièmement, cette relation évolue au fil du temps avec la modification de la polarisation de l’emploi.

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