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En Ukraine, l’usage des drones redéfinit les règles de la guerre

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L’association ukrainienne Come Back Alive a collecté
des munitions, des supports pour fusils et des radios pour aider l’armée
nationale à lutter contre l’invasion russe. Elle a également livré des
équipements que l’on a plus l’habitude d’utiliser pour tourner des vidéos
YouTube que pour mener une guerre : 24 drones

DJI Mavic 3.

« Nos drones sont nos yeux », nous a expliqué un officier
ukrainien qui travaille avec des

drones depuis 2015. Selon lui, même si l’armée ukrainienne n’a pas d’unité de
drones, les soldats et les civils les utilisent pour observer ce qu’il y a
dans le prochain village ou le long du prochain kilomètre de route. «

Si l’artillerie russe se prépare à frapper, nous pouvons déplacer les
civils. … Cela donne une possibilité de lancer une frappe préventive
et de sauver la population ukrainienne

», explique notre interlocuteur qui préfère garder l’anonymat.

Des quadricoptères commerciaux aux modèles militaires à aile fixe, les

drones se sont avérés déterminants pour l’armée ukrainienne, donnant à sa défense
surpassée de meilleures chances contre la puissance de feu russe. Au début
de la guerre, une unité de drones civils appelée Aerorozvidka a travaillé avec les
militaires pour aider l’Ukraine à bloquer un convoi de véhicules blindés se
dirigeant vers la capitale Kyiv. Au cours d’une

embuscade nocturne, un drone a largué de petits explosifs sur les véhicules de tête, qui,
associés aux mines terrestres, ont provoqué un carambolage. Aerorozvidka a
également aidé l’Ukraine à repousser la première tentative de la Russie de
s’emparer de l’aéroport près de Kyiv.

Les drones utilisés de longue date pour la guerre

Les drones ont servi pour la guerre dès 1849. Durant la Seconde Guerre
mondiale, le Japon a utilisé des ballons-bombes au-dessus de l’océan
Pacifique contre les États-Unis. Le terme « drone » est devenu courant
lorsque les énormes MQ-1 Predator et MQ-9 Reaper de General Atomics se sont
imposés durant les guerres américaines en Afghanistan et en Irak. En 2011,
l’armée américaine disposait de 11 000 de ces engins couteux.

Cependant, les drones ont rarement joué le rôle crucial qu’ils tiennent
actuellement dans la guerre asymétrique opposant des forces ukrainiennes
aux moyens limités et une armée russe qui utilise toute la puissance de feu
à sa disposition. La miniaturisation a amélioré le coût, l’autonomie et la
portée des drones commerciaux, tandis que les Ukrainiens ont utilisé avec
succès des drones militaires contre des véhicules blindés russes qui
coutent des millions de dollars. Les drones réécrivent les règles de la
guerre.

« Le char était la clé à un moment donné », explique John
Parachini, expert militaire chez Rand Corp. «

Aujourd’hui, les drones peuvent être le système d’armes le plus décisif

».

Bien que les drones commerciaux soient surtout utiles pour la
reconnaissance, la flotte de drones militaires de l’Ukraine s’est avérée
importante pour conduire des attaques. Le Bayraktar TB2, de fabrication
turque, a été utilisé pour détruire des véhicules de réapprovisionnement et
des lanceurs de missiles sol-air russes. Une société ukrainienne, UA
Dynamics, fabrique le drone de surveillance Punisher, qui peut emporter une
bombe de 1,8 kg. Le ministère de la Défense américain a fourni aux forces
ukrainiennes plus de 100 petits drones militaires Switchblades et Pumas
fabriqués par AeroVironment.
Actuellement, les Ukrainiens utilisent environ 1 000 drones pour résister à
l’invasion russe.

Selon Business Research Company, les

ventes de drones militaires devraient augmenter d’environ 7 % par an, pour atteindre 18 milliards de
dollars en 2026, contre 13 milliards en 2021.

Les fabricants de drones américains s’impliquent en Ukraine

D’autres fabricants de drones américains livrent des drones à l’Ukraine à
des fins humanitaires ou de non-belligérance.

Draganfly a vendu 10 drones et en a donné trois autres pour la livraison de sang, de
vaccins, d’antibiotiques, d’insuline et d’autres produits médicaux. Parmi
les partenaires de cette initiative figurent Coldchain Delivery Systems et Revived Soldiers Ukraine. Certains
sont équipés de capteurs lidar et magnétométriques pour détecter les mines
terrestres. L’entreprise prévoit d’envoyer 200 drones d’ici le mois d’août,
a annoncé son PDG, Cameron Chell.

Aquiline Drones
a fait don de 40 de ses drones Spartacus Hurricane à l’Ukraine pour des
missions d’inspection, de recherche, de sauvetage et d’acheminement de
médicaments et d’eau. Son PDG Barry Alexander espère envoyer 1 000 de ces
drones.

Skydio
a fait don de dizaines de drones et de formations d’une valeur totale
d’environ 300 000 dollars pour soutenir les efforts humanitaires et de
secours en Ukraine. Bien que Skydio se concentre le marché grand public,
l’entreprise

vend également des drones à l’armée américaine pour la surveillance.

«

Si vous êtes sous le feu, la première chose à faire est de vous mettre
à l’abri et de comprendre d’où vient l’attaque

», explique Chuck McGraw, en charge des ventes fédérales de Skydio. Cet
ancien Navy SEAL (forces spéciales de la marine américaine) a eu recours
aux drones en Irak, en Afghanistan et dans d’autres parties du monde. «

Vous pouvez lancer un drone en 60 secondes ou moins et avoir des yeux
sur la menace

».

Des contre-drones

Les Russes ont leurs propres drones et systèmes de défense anti-aérienne
pour contrer les drones ukrainiens. Des photos prises par les forces
ukrainiennes montrent que les Russes utilisent également des DJI Mavic 3.
Mais en ce qui concerne les drones militaires russes, une comptabilité
tenue par la communauté Osint (open-source intelligence) a montré des
pertes significatives, avec 26 drones russes abattus ou capturés jusqu’à
présent.

«

Les Russes sont un peu en retard dans ce domaine, et les Ukrainiens se
sont montrés extrêmement inventifs

», estime John Parachini. Cependant, l’avantage des drones en Ukraine n’est
pas pérenne, car les militaires emploient de nouvelles techniques pour
détruire les appareils ou brouiller leurs transmissions radio. Et bien que
les systèmes anti-aériens russes n’aient apparemment pas fonctionné aussi
bien que prévu en Ukraine, les armées investissent dans la technologie de
lutte contre les drones.

Selon l’officier ukrainien que nous avons interrogé, l’usage de drones en
temps de guerre représente aussi un danger. En effet, les forces ennemies
peuvent tirer sur les opérateurs lorsqu’elles voient un drone décoller ou
exploiter la technologie AeroScope de DJI pour localiser les drones. DJI
n’a pas répondu à une demande de commentaire mais a tweeté en réponse aux
critiques ukrainiennes que l’utilisation militaire de ses drones est « inappropriée. »

On peut s’attendre à ce que l’escalade technologique se poursuive. Une
évolution probable est le développement d’essaims de drones interconnectés
qui seront plus difficiles à suivre et à intercepter. « Vous déployez 5 000 drones à 2 000 dollars chacun dans une zone »,
expose Draganfly. « Comment les arrêtez-vous ? »

 

Le drone Bayraktar TB2 de fabrication turque utilisé par l’armée ukrainienne. © Baykar Tech

Les drones kamikazes Switchblade fournis à l’Ukraine

Les drones kamikazes peuvent occuper un terrain intermédiaire entre les
avions de chasse et les missiles. Les modèles Switchblade 300 et 600
d’AeroVironment décollent depuis des tubes lanceurs et déploient leurs
ailes tels des couteaux de poche. Ils peuvent rester en l’air jusqu’à ce
qu’un système de ciblage leur indique où aller.

 

Le drone kamikaze Switchblade 300 d’AeroVironment. © AeroVironment Inc.

Le 300 pèse 1,5 kg, tient dans un sac à dos et peut voler pendant 15
minutes en parcourant plus de 10 km avant d’aller percuter sa cible. Le
Switchblade 600, qui pèse 22 kg, est conçu pour des cibles plus
conséquentes, comme les véhicules blindés. Il peut parcourir jusqu’à 40 km
et voler pendant 40 minutes.

AeroVironment propose également la gamme Puma, des drones de reconnaissance
qui peuvent rester en vol pendant six heures et demie. Lancé à partir d’une
catapulte ou d’un camion, ils peuvent être utilisés pour repérer des cibles
et transférer des coordonnées sans fil aux Switchblade pour une attaque.

L’armée américaine a fourni 100 Switchblade à l’Ukraine à la fin du mois de
mars dans le cadre d’un programme d’aide militaire de 800 millions de
dollars, puis a annoncé le 1er avril une rallonge de 300 millions de
dollars comprenant des Pumas et des Switchblade. Le Pentagone n’a pas voulu
faire de commentaires sur les modèles mais, selon

Bloomberg, ce dernier paquet comprend des Switchblade 600.

 

Le drone kamikaze Switchblade 600 d’AeroVironment. © AeroVironment Inc.

Les drones turques, symboles de la résistance ukrainienne

Un autre modèle de drone à l’efficacité redoutable qu’utilise l’armée
ukrainienne est le Bayraktar TB2. Fabriqué en Turquie, il peut naviguer
sans GPS et transporter des munitions guidées par laser. Cet appareil est
devenu l’un des symboles de la résistance ukrainienne à l’invasion russe. «

Le Bayraktar TB2 a été utilisé avec un effet assez dévastateur contre
les forces terrestres

», commente Michael Robbins, responsable des affaires gouvernementales pour
un groupe industriel américain, l’Association for Unmanned Vehicle Systems
International. « En Ukraine c’est devenu un cri de ralliement».

Récemment, les forces ukrainiennes ont commencé à utiliser le

Mini-Bayraktar, version de plus petites dimensions destinée à la surveillance et la
reconnaissance. Il peut voler pendant deux heures avec une portée de 30 km.

Article de CNET.com adapté par CNETFrance

Image : Baykar Tech

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