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Karim Benzema, l’odyssée du « garçon timide » devenu légende du Real Madrid

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C’est l’histoire d’un mec. Ou plutôt, d’un jeune Gone, « discret, timide », longtemps cantonné au rôle de lieutenant d’un des meilleurs joueurs de l’histoire. Karim Benzema, qui semblait abonné à un rôle d’éternel second couteau au Real Madrid, s’est révélé finalement si tranchant qu’il est devenu le meilleur buteur français de l’histoire, le joueur tricolore le plus titré et ayant enregisté le plus de titularisations en Ligue des champions. Il est d’ores et déjà une légende du Real Madrid, qui se déplace à Chelsea en quarts de finale aller de la C1, mercredi 6 avril.

« KB9 » n’a porté que trois maillots différents dans sa carrière professionnelle : celui de son club formateur, l’Olympique lyonnais, celui de l’équipe de France, depuis sa première cape à 19 ans, et celui du Real Madrid, où il a tout gagné ou presque. À 34 ans, l’avant-centre est un exemple de longévité, de stabilité et de fidélité.

Arrivé au centre de formation à dix ans, Benzema fait toutes ses classes à l’OL. Mais le jeune garçon d’alors ne se met pas immédiatement en valeur, même si son potentiel crève les yeux. Armand Garrido, ancien formateur des U17 de l’Olympique lyonnais, se souvient d’un gamin « calme, discret, voire timide ». Le déclic, c’est entre ses 15 et 17 ans qu’il arrive. « Son implication sur le terrain s’est transformée et il a rapidement signé professionnel. » La raison de cette éclosion soudaine ? « C’est un bosseur passionné de foot », glisse Armand Garrido. Travail et passion, deux mots qui vont jalonner son parcours.

— Olympique Lyonnais (@OL) January 15, 2020

Intégré au groupe pro de Lyon en 2004, l’attaquant dispute son premier match en janvier 2005. Sidney Govou, qui a joué à l’OL entre 1999 et 2010, comprend vite que ce jeune Gone est un attaquant de son époque, celle des années 2000, qui marque le crépuscule des renards de surface. Benzema est différent, « un joueur qui ne fait pas que marquer des buts », insiste l’ancien ailier rhodanien.

Les statistiques lui donnent raison : outre son statut de meilleur buteur de la saison 2007-2008, Karim Benzema délivre six passes décisives, faisant de lui le deuxième attaquant de pointe de ce classement. À l’été 2009, après 148 apparitions sous le maillot de l’OL, l’heure est à l’envol, loin du Rhône, troquant une tunique blanche pour une autre.

Le Rhodanien arrive en même temps qu’un certain Cristiano Ronaldo, Ballon d’or et nouveau transfert record, dans un Madrid qui rebâtit une ère galactique. Les débuts sont irréguliers, et le Français, en concurrence avec Gonzalo Higuain, ne joue pas tout le temps, au point de ne pas être sélectionné au Mondial 2010. « Benzema reste en crise, pas seulement de buts mais aussi d’identité footballistique », écrivait le journal espagnol As en octobre 2009, au lendemain d’une défaite contre l’AC Milan (2-3). « ll donne l’impression de ne pas être encore arrivé à Madrid », abondait Marca.

En 2010, José Mourinho, alors aux commandes du Real, critique publiquement le manque d’agressivité et de combativité du Français, alors que la blessure d’Higuain l’oblige à le titulariser. « Si tu n’as pas de chien pour aller chasser mais que tu as un chat, alors tu prends le chat, non ? Parce que tu ne peux pas y aller seul. Nous avons un seul attaquant, Benzema. »

« Si tu n’as pas de chien pour aller chasser mais que tu as un chat, alors tu prends le chat, non ? Parce que tu ne peux pas y aller seul. Nous avons un seul attaquant, Benzema », José Mourinho (2010).

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— Real France (@realfrance_fr) April 22, 2020

Une sortie très peu goûtée par l’attaquant, qui s’en expliquera avec son coach en privé. Pourtant avares de patience, les dirigeants du Real font preuve de mansuétude avec le Français. « Nous avons un attaquant pour dix ans », assure le directeur général d’alors Jorge Valdano. Le club le soutiendra toujours, même lors des remous nés de l’affaire de la sextape, en novembre 2015, qui lui vaudra une médiatique garde à vue et une mise en examen pour « complicité de tentative de chantage et participation à une association de malfaiteurs ».

Ce soutien indéfectible de la Casa Blanca va permettre à Benzema de rester focalisé sur le terrain. Il y grandit intelligemment, dans l’ombre de Cristiano Ronaldo. « Il a compris qu’il fallait qu’il soit un peu moins focalisé sur le but que Cristiano », explique Sidney Govou. Pour Alain Perrin, l’attaquant devient alors « un joueur technique, qui aime faire des passes, qui aime jouer avec ses partenaires ».

« Quand il était jeune, on l’a toujours utilisé comme un n°10. »

Armand Garrido, ancien formateur de l’OL

franceinfo: sport

Une évolution pas si étonnante, à entendre son formateur Armand Garrido. « Il a toujours été entouré de très bons joueurs en attaque, dès le centre de formation avec des joueurs comme Loïc Rémy ou Hatem Ben Arfa, rappelle son coach en U17. Quand il était jeune, on l’utilisait comme un n°10 [milieu offensif], qui tournait autour de l’attaquant. » Reculer et laisser la vedette à Cristiano Ronaldo était donc dans son ADN, faisant de lui le fidèle lieutenant du Portugais. Là où CR7 marque de 41 à 61 buts par saison, Benzema navigue entre 17 et 28. Mais tout le monde s’accorde sur un point : il est l’homme de l’ombre, indispensable au Portugais.

Mais en 2018, le Real enregistre le départ de Ronaldo. C’est l’heure. Près de dix ans après son arrivée, Karim Benzema devient le patron de l’attaque des Merengues, marquant plus de 30 buts par saison. Orphelin de son lieutenant, Ronaldo, lui, ne retrouvera pas son rendement gargantuesque une fois passé à la Juventus Turin. « Il est devenu le leader technique de l’équipe, comme depuis son retour en équipe de France », analyse Alain Perrin.

« Il a développé cette aptitude à être leader et il est arrivé à un âge où les gens l’écoutent et le suivent. »

Sidney Govou

franceinfo: sport

« Ça fait partie de sa progression, salue Sidney Govou. Il a développé cette aptitude à être leader. Ce n’était pas forcément inné ». Concrétisation de cette nouvelle envergure : le brassard de capitaine récupéré au départ du capitaine Sergio Ramos l’été dernier. Leader incontesté, il transmet désormais à la nouvelle génération du Real. « Vinicius [son coéquipier brésilien de 21 ans] je ne lui ai pas appris le foot, confiait-il à L’Equipe, mardi 5 avril. (…) Maintenant, il fait les bons choix, il réfléchit. Voilà ce que je lui ai appris. »

Cette saison, « KB nueve » est bien parti pour réaliser son meilleur exercice, avec 32 buts et 13 passes décisives en 34 matchs. Sa prestation au Parc des Princes, qui a écoeuré le PSG « galactique », lui permet d’être toujours en course pour remporter une cinquième Ligue des champions… et pourquoi pas rêver d’un premier Ballon d’or, qui a revu son système et qui pourrait bien sacrer un Français en premier lauréat de sa nouvelle mouture.

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